DOSSIER NO BORDER: La ruée vers l'Ouest
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Depuis l?adh

Depuis l’adhésion de la Slovaquie et de la Hongrie à l’Union Européenne, Oujgorod, capitale de la Transcarpatie qui compte environ 125.000 habitant-e-s1 se trouve désormais à la frontière de l’UE. Il s’agit, pour les experts en dissuasion de l’organisation Frontex2, d’une des «zones problématiques pour l’immigration illégale».


 La Transcarpatie est bel et bien un lieu de migration, comme pays de transit pour d’innombrables réfugiés provenant de pays pauvres mais aussi comme pays d’origine de dizaine de milliers de travailleurs saisonniers ukrainiens.


L’écart de richesse est flagrant


En effet, si on constate déjà des signes de pauvreté criante dans l’est de la Hongrie, derrière les barrières qui gardent la nouvelle frontière Est/Ouest, on est confronté avec une pauvreté encore plus patente. L’état de la plupart des maisons ou les vêtements de la population nous font pressentir que le revenu moyen mensuel n’atteint souvent pas 70 euros, rarement 120 euros. Seuls quelques-uns parviennent peut-être à 150 euros, ceux qui ont trouvé du travail dans la maquilladora3, l’usine Skoda-Volkswagen directement derrière la frontière à Chop, ou quelques kilomètres plus loin, juste à l’entrée de la ville d’Oujgorod, chez le fournisseur de pièces détachées automobiles americano-nipon Yazaki. En Europe, la chaîne de production automobile se décale de plus en plus vers l’Est. La Slovaquie, par exemple, est décrite aujourd’hui comme le nouveau Detroit. Comme en République Tchèque, on y trouve de nombreux travailleurs et travailleuses ukrainien-ne-s.


En Transcarpatie, directement derrière la frontière de l’Union, une poignée de global players espère avoir trouvé un nouveau vivier de main-d’oeuvre bon marché. On entend dire, localement, que s’il est grave de se faire exploiter par une multinationale, il est encore plus grave de ne pas se faire exploiter. Car les gens dans cette région ont peu d’alternative. Du temps de l’Union Soviétique, il y avait déjà peu d’industries dans la région, le potentiel de l’agriculture est limité par les Carpates et le tourisme est encore peu développé. Beaucoup n’ont pas d’autre choix que de se débrouiller avec le marché noir et le trafic d’essence, comme en témoignent les longues queues à la frontière hongroise où l’essence est nettement plus chère. Ou alors d’émigrer vers la République Tchèque, la Russie, le Portugal, l’Italie ou les Etats-Unis, soit comme saisonnier ou au pair pour quelques mois, soit comme ouvrier dans le bâtiment ou aide-ménagère pour quelques années. Beaucoup ne reviennent jamais ou juste pour rendre visite à la famille.


Les «saisons»


Plus de 40% de la population en âge de travailler occupe un emploi temporaire ou permanent à l’étranger. Si autrefois, c’étaient surtout les hommes qui partaient, aujourd’hui ceci concerne également les femmes. Bien que le prix du visa vers l’Ouest soit de plus en plus cher, il reste suffisamment abordable pour que la traversée illégale de la frontière reste l’exception pour les Ukrainiens. Mais ces visas de tourisme ne sont valables que trois mois et n’autorisent pas ceux qui en sont titulaires à travailler; le fait de gagner de l’argent par son travail est donc d’emblée illégal, de même que de prolonger son séjour au-delà des trois mois. Lors des différentes campagnes de régularisation en Espagne, Italie et Portugal4, nombre d’Ukrainien-ne-s ont pu obtenir un statut légal de séjour, qui reste néanmoins conditionné notamment par l’emploi lui-même, puisque partout en Europe, des travailleurs et travailleuses dociles sont recherchés dans les secteurs à bas salaires, en particulier dans ceux du bâtiment, de l’agriculture, du ménage et des soins. Malgré tout, on constate que ces migrant-e-s parviennent à verser des sommes considérables à leur famille, en Ukraine et plus spécialement en Transcarpatie5. Comme dans beaucoup de pays situés en bas de l’échelle des salaires, ces versements sont devenus une part importante des ressources du pays. Un des signes en est la multiplication des bureaux de la Western Union et d’autres agences bancaires, l’autre l’apparition de nouvelles opportunités, construction d’une maison, aménagement d’un magasin, achat d’un taxi ou d’une voiture, ou formation des enfants…


Trafics mafieux?


La proximité de la frontière de l’UE ouvre encore d’autres possibilités de revenu pour les habitants d’une des régions les plus pauvres d’Ukraine. Le passage illégal de la frontière représente une grande demande et les trafics «mafieux» offrent des jobs en ce qui concerne l’hébergement temporaire ou le transport des migrant-


e-s en provenance de la Moldavie, de l’Asie du Sud-Est ou même de l’Afrique. Il est de notoriété publique que les militaires qui gardent la frontière sont impliqués jusqu’au cou dans ces trafics. Il est dans l’intérêt de l’UE de veiller à ce que les gardes-frontières ukrainiens bloquent un maximum des migrant-e-s en Ukraine, qui tient à l’Est, le rôle d’Etat tampon que tient le Maroc pour la frontière Sud. Investissements importants, pressions politiques, soutien d’organisations internationales telles que l’Office International des Migrations6, tout est fait depuis des années pour aider l’Ukraine à devenir un complice efficace dans la mise en place de la politique migratoire européenne. Cet objectif sert les intérêts de l’armée ukrainienne des frontières. En effet, personne ne passe sans avoir payé de pot de vin. Quiconque a les moyens de se payer une «agence de voyage» dotée des contacts nécessaires n’a aucun problème pour passer la frontière. En 2003, un scandale a mis en évidence ces pratiques lorsqu’un bus de la douane été pris en train de faire traverser la frontière verte à des clandestins.


Ce sont ceux qui n’ont pas les ressources nécessaires qui se font prendre dans les filets, et ils sont de plus en plus nombreux à ne pas gagner au jeu de la survival of the fittest.


Le camp de Pavshino


En été 2004, nous avions rencontré à Oujgorod une famille nombreuse palestinienne qui avait tout subi: lâchée par les passeurs en pleine fôret afin de leur voler leur argent, arrêtée par l'armée des frontières et enfermée pendant cinq mois, les femmes dans un camp à Moukachevo et les hommes dans le centre de rétention mal famé de Pavshino, un camp militarisé où on affamait 250 prisonniers, la plupart venus de l’Asie du Sud-Est, voire d’Afrique. Les détenus devaient répondre à l’appel plusieurs fois par jour, ils étaient mal nourris, manquaient d’électricité, dormaient dans d’immenses dortoirs, toujours à la merci de l’arbitraire des soldats.


Il semble que rien n’ait changé à Pavchino. Ce camp se trouve en pleine forêt. Les prisonniers palestiniens nous racontent que durant les cinq mois qu’a duré leur rétention, seuls trois Chinois ont réussi à s’enfuir en creusant un tunnel à partir de la cuisine. C’était la seule façon de sortir de ce camp, en dehors du cas hautement improbable où la demande d’asile soit non seulement déclarée recevable, mais en plus étudiée, puis traitée. En 2004, cela n’était possible que sur intervention de l’UNHCR. Aujourd’hui, des avocats peuvent enfin pénétrer plusieurs fois par semaine à l’intérieur du camp et assister les détenus pour rédiger leur demande et la transmettre aux autorités compétentes.


Paschino est le camp de réception et de refoulement pour une grande partie des migrants et des réfugiés arrêtés près de la frontière, du côté ukrainien ou après avoir passé la frontière slovaque. En effet, selon un accord entre la Slovaquie et l’Ukraine, toute personne arrêtée dans un périmètre de 15 km à l’intérieur de la Slovaquie peut être renvoyée. Mais les gardes frontières slovaques semblent peu délicats et renvoient parfois des personnes arrêtées lors de contrôles même à une distance beaucoup plus grande. Qui peut vérifier qu’ils ont ou pas respecté la règle


des 15 km.


A Chop


Les gens arrêtés se font renvoyer vers la ville de Chop, dans une prison rénovée récemment avec des financements européens. Un nombre croissant des clandestins vient de Moldavie ou de Tchétchénie et, en tant que citoyens d’anciennes républiques de l’Union Soviétique, ils n’ont pas besoin de visas en Ukraine et sont relâchés, au plus tard après dix jours, avec une amende. Ils sont censés repartir dans les 15 jours et risquent un emprisonnement plus long dans le cas contraire. Il semblerait que des réfugiés tchétchènes sont souvent renvoyés en train vers la Russie. Néanmoins de nombreuses personnes réussissent après deux ou trois essais. Elles sont prêtes à prendre le risque pour parvenir en Occident où elles peuvent gagner en quelques mois comme saisonniers ce qui leur prendrait des années dans leur pays.


Ceux qui viennent d’autres pays pauvres pour échouer à cette dernière frontière de l’Union Européenne se font également amener à Chop; après quelques jours, leur destination finale est le camp de Pavchino. Qu’elles viennent de Chine, d’Inde, du Vietnam, du Bangladesh, d’Afghanistan, de Palestine, d’Irak ou de la Somalie, actuellement environ 400 personnes sont internées quasiment sur ordre de l’UE. Plus de 6 mois de préventive avant expulsion les attend, ce qui correspond au standard allemand. Les personnes pour lesquelles les autorités parviennent à obtenir un passeport de la part de l’ambassade compétente sont renvoyées chez elles. Les autres sont mises à la rue, comme cette famille palestinienne qui senble-t'il, a réussi à passer en Europe de l’Ouest, après avoir reçu de l'argent de la famille restée au pays.


Une frontière perméable


Environ 5.000 personnes ont été officiellement arrêtées en 2005 et 2006 à cette frontière ukrainienne, mais on estime qu’il s’agit d’un dixième de celles qui tentent et réussissent à passer. Donc 10% des 500.000 qui tenteraient chaque année de gagner l’Europe clandestinement, selon les estimations d’Europol?


Dans ce sens, du point de vue des fonctionnaires de Frontex, la Transcarpatie est bel et bien une zone problématique, et selon leur logique, j’espère qu’elle le restera encore de nombreuses années!


Hagen Kopp


Personne n'est illegal Hanau


 


1. les informations et appréciations de ce texte ont été collectées lors de deux séjours à Oujgorod et dans sa région en été 2004 et fin 2006 


2. une agence européenne de contrôle des frontières, créée en 2005, dont le siège est à Varsovie et dont l’objectif principal est de contrôler les frontières extérieures de l’UE. Des bateaux de Frontex patrouillent face aux côtes de l’Afrique de l’Ouest pour y attraper des boat people


3. des usines qui produisent pour le marché mondial au Mexique, tous près de la frontière des Etats-Unis


4. en 2001-2002, 60.000 Ukrainien-e-s ont été régularisé-e-s au Portugal, ce qui explique la migration constante vers ce pays


5. on estime que chaque personne envoie 300 dollars par mais au pays, ce qui représente le double du salaire mensuel local


6. depuis le milieu des années 90, l’OIM gère des camps de rétention en Ukraine, voir


www.noborder.org

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Archipel

Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 151 (07/2007)

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