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ANDALOUSIE: Occupation de terres en Andalousie

En Andalousie, la récente occupation d’une exploitation agricole, d’une banque et d’une ferme publique en voie de privatisation remet en cause la tendance actuelle à l’accaparement des ressources
Le 1er avril dernier, le SOC-SAT organisait un rassemblement à Jaén pour demander une fois de plus la libération du syndicaliste Andrés Bódalo, emprisonné depuis une année. Andrés est accusé d’avoir agressé un conseiller municipal du village de Jódar, lors d’une protestation des saisonniers agricoles demandant des emplois publics. Cette condamnation fait partie d’une stratégie répressive de l’Etat espagnol contre les mouvements sociaux, plus forte encore quand il s’agit de défendre l’intérêt des grandes propriétés foncières. Parmi les dizaines de condamné·e·s politiques ou sociaux actuels, à Malaga un deuxième activiste du SAT, Francisco Molero, sera prochainement emprisonné en raison de sa participation à l’action «rodea el Congreso» (encercle le Congrès), à Madrid, en 2013.
A l’occasion de cette occupation, un groupe de saison-nier·ère·s agricoles et de chômeur·euse·s urbain·e·s de Jaen et Jodar, avec la collaboration du SOC-SAT, a décidé d’occuper une ferme de 74 hectares (dont 64 en oliviers), el Aguardentero, appartenant à la banque BBVA qui l’avait complètement abandonnée depuis cinq ans, en ne l’utilisant que comme objet de spéculation, et cela dans une région où le chômage touche plus de 30% de la population et où la terre, en particulier les oliveraies, est de plus en plus concentrée et mercantilisée. La ferme avait été reprise par la banque à un gros entrepreneur local, Vegas Molinero, qui l’avait achetée pour construire des bâtiments pendant la période du boom immobilier.
Cette exploitation agricole, située à quelques kilomètres de la ville de Jaen, a été rebaptisée Cerro Libertá (Colline Liberté) en hommage à Andrés Bódalo, toujours engagé dans la lutte pour la terre, l’autogestion saisonnière et les droits des ouvriers des champs. Après un mois et demi, les occupant·e·s ont réussi à rendre la maison en ruines habitable, à nettoyer les ordures et les débris accumulés, à créer un jardin d’un hectare où poussent plus de mille plants de légumes et à tailler plus de 500 oliviers pour assurer un début de production, l’automne prochain. Evidemment, le syndicat et les occupant·e·s ont déjà subi des dénonciations, l’ouverture de procès administratifs et judiciaires, des menaces de tout type, et sont l’objet d’une criminalisation par les médias.
La BBVA a refusé de recevoir une délégation des occupants et la Junta de Andalucía (administration autonome régionale) n’a pas encore réagi à la demande d’exercer sa compétence légale en expropriant ces terres agricoles abandonnées. Les travaux réalisés avec le soutien de nombreuses personnes et groupes locaux, ainsi qu’une campagne contre le système bancaire qui a gagné tant de millions avec la spéculation immobilière et l’utilisation de l’argent public, ont empêché pour le moment le déclenchement de la violence institutionnelle contre ce groupe d’agri-culteur·trice·s collectivistes.
A 200 kilomètres de Cerro Libertá, un autre groupe de saisonnier·e·s agricoles travaille à Somonte (Palma del Río, Cordoba), l’autre ferme occupée par le SAT en 2012. Plus de 400 hectares de terres publiques destinées, pour la plupart, aux céréales. La Junta de Andalucía, qui touche les subventions de la PAC sans rien faire, a refusé de discuter du projet agroécologique que le syndicat a présenté plusieurs fois, et persiste dans son objectif de vendre ce patrimoine public. Le PSOE andalou (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), dans son projet de loi agricole, encourage toujours la privatisation de toutes les terres publiques et impose l’achat de celles-ci aux bailleurs, en poussant dans l’illégalité des centaines d’agriculteurs, agricultrices et coopératives qui n’ont pas pu ou n’ont pas voulu acheter, comme c’est le cas des 1.200 ha que gèrent les coopératives de Marinaleda à Séville.
Après une année très dure pour Somonte, qui a dû être réoccupé deux fois en 2016 après des expulsions, et qui a été cultivé dans sa totalité avec beaucoup d’efforts, une nouvelle étape commence. Un groupe de huit personnes a repris le projet agroécologique avec le soutien du syndicat national et local et de la Red Andaluza de Semillas (réseaux andalous de semences). Des brigades de travail volontaire seront organisées, ainsi que des campagnes de diffusion du projet et de demande de soutien politique et économique. 24 hectares de blés cultivés en biodynamie, pour moitié des variétés anciennes,   poussent sur cette terre «libérée», à côté du poulailler et des six hectares en arrosage du jardin, des oliviers et des fruitiers. Pour la prochaine campagne agricole, on prévoit de laisser un tiers du terrain en friche et d’y installer un troupeau, de doubler la culture des blés anciens, de créer une banque de semences biodynamiques et de consolider la vente de légumes aux groupes de consommateurs et consommatrices solidaires de Cordoba et Séville.
Les occupations de terres, une tradition de la lutte du SOC en Andalousie et du mouvement paysan du monde entier, en demandant la distribution des ressources et un accès digne aux exploitations agricoles, sont aussi un phénomène européen. Des cas comme la lutte de Notre-Dame-des-Landes en France, Rosia Montana en Roumanie et d’autres expériences en Italie et ailleurs, constituent une résistance aussi réprimée qu’en Andalousie. Tant en Espagne que dans le reste de l’Europe, la concentration et l’accaparement foncier atteignent des niveaux similaires à ceux d’Amérique latine ou d’Afrique. En effet, 3,1% des propriétaires (dont un grand nombre de sociétés et fonds d’investissements) contrôlent 52,2% de la surface agricole. En même temps, des milliers de petites exploitations familiales disparaissent chaque année, et la surface de culture destinée à la production alimentaire diminue à cause du changement d’usage vers l’immobilier, les mines, les infrastructures inutiles ou les biocombustibles. Le Parlement européen, poussé par la mobilisation de plusieurs organisations, notamment ECVC (Via Campesina en Europe), vient d’approuver une résolution qui reconnaît l’étendue et la gravité de cette situation et recommande l’application des «Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale» de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation) qui établissent une régulation foncière alternative dans le respect des droits et des nécessités des paysan·ne·s et des peuples.
Contre une PAC qui encourage la concentration foncière et le modèle agro-industriel à grande échelle, le SOC-SAT et La Via Campesina (LVC) demandent une politique agricole régulatrice de l’accès aux ressources, de la production, de la consommation et de la commercialisation des aliments qui garantit les droits humains et la survie des communautés locales. Ils soutiennent l’agroécologie, les marchés locaux, la souveraineté alimentaire et la sauvegarde de notre planète. Les occupations en Andalousie cherchent aussi à démontrer qu’il existe une autre façon de gérer l’accès et le contrôle des ressources, avec un modèle collectif, paysan et durable de production et de commercialisation de notre nourriture.
Néanmoins, cette résistance colossale contre la propriété et le pouvoir des administrations, comme dans le cas de Somonte, ou du système bancaire, comme pour Cerro Libertá, implique un engagement et un effort personnel aussi colossaux de la part des occupant·e·s. Chaque jour nous amène de nouvelles activités agricoles, forestières, de reconstruction des logements et de récupération d’infrastructures, mais aussi des activités sociales, politiques et de communication et cohésion du groupe, pas toujours évidentes. Et tout ça dans un climat de harcèlement policier, de criminalisation médiatique et de menace permanente de délogement et de poursuites judiciaires. Si les projets d’occupations rurales constituent des résistances agricoles, économiques, politiques et sociales qui nous concernent tou·te·s, le soutien personnel, politique et économique de la part des personnes et des mouvements sociaux s’avère indispensable pour leur survie et leur succès, qui sera en définitive le nôtre.
Les 11 et 12 juillet, le collectif international de la terre de LVC organisera une réunion à Cerro Libertá (ou à Somonte en cas de délogement), une semaine avant la célébration de la 7ème conférence internationale à Bilbao. Une vingtaine de délégués de toutes les régions vont discuter de la situation et des luttes autour de l’accès à la terre, à l’eau et au territoire à travers le monde. On présentera le nouveau texte sur la réforme agraire intégrale et populaire et les propositions de systèmes d’alerte contre la criminalisation et les assassinats de paysan·ne·s et activistes qui se sont accrus ces dernières années.
Le SOC-SAT lance une campagne de soutien aux occupations andalouses. Des visites sur le terrain, la diffusion de nos activités, la donation de matériel et de fonds, ainsi que le soutien politique face à la répression, sont profondément souhaités. Le projet de Cerro Libertá a mis en marche la récupération de l’oliveraie et la diversification de la production avec le jardin, la plantation de pistaches et d’autres fruitiers, l’introduction de bétail dans la zone de collines et la restauration du bâtiment qui permettra aussi de mettre en place des activités de formation et d’auberge. A Somonte, la culture extensive de blé écologique et le jardin de quatre hectares requièrent l’achat d’un autre tracteur et des motoculteurs pour mécaniser les travaux, ainsi que d’un fourgon et d’un moulin à blé afin de faciliter la distribution des paniers de légumes et la production de farine pour la panification. Il est également prévu d’acquérir un troupeau de brebis, quelques vaches et un mulet pour le labourage.

Contact: sober.alim.sindicatoandaluz(at)gmail.com
Tel: 0034-635247703 (Curro, Cerro Libertá) et 0034-634815502 (Antonio, Somonte)

Rédigé par Federico Pacheco Membre du Soc Almeria, 21.06.2017, recrutés par ute
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Ausgabe: 260 (06/2017)

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