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MIGRATIONS: Délit de solidarité

Dans le numéro de février, nous vous faisions part d’une initiative en France de soutien aux personnes poursuivies pour avoir soutenu des réfugié·e·s ou des personnes de la population rom. Ainsi, des centaines de collectifs et d’individus ont affiché publiquement leur soutien à ces personnes poursuivies. Quand le soutien vient de personnes ayant subi les heures les plus sombres du XXème siècle, comme c’est le cas de Georges Gumpel, le témoignage et les rapprochements avec les Justes nous semblent importants à relater.
George Gumpel, auteur du Manifeste des enfants cachés écrit à Lyon, le 29 mars 2017, nous invite à une lecture critique de l’actualité politique autour des questions de migrations.
Petit garçon juif sous l’Occupation, Georges Gumpel, âgé aujourd’hui de 80 ans, n’a jamais oublié la famille qui l’a protégé. Avec son Manifeste des enfants cachés, ce Français dénonce aujourd’hui le «délit de solidarité» imputé à ceux qui en France bravent la loi pour aider les migrant·e·s.
Le «délit de solidarité» est une expression utilisée par les associations proréfugié·e·s pour dénoncer des procédures judiciaires engagées contre les personnes qui aident les migrant·e·s. Juridiquement parlant, ces poursuites couvrent notamment l’«aide au séjour» ou l’«aide au transport d’étrangers en situation irrégulière».
Lancé fin février avec quatre autres signatures, celles d’anciens enfants cachés comme lui sous Vichy, le manifeste de Georges Gumpel, porte-parole de l’Union Juive Française pour la Paix, en a recueilli depuis une soixantaine et a été largement partagé sur les réseaux sociaux.
Né en 1937 à Paris dans une famille juive française non pratiquante, il se souvient de son unité brisée après la rafle du Vélodrome d’Hiver en juillet 1942, où plus de 13.000 juifs – adultes et enfants – furent amenés avant d’être déportés.
«Tout d’un coup, nos parents découvrent que nous sommes en danger.» Il déménage alors à Lyon (centre-est) avec sa famille mais le répit est de courte durée: les Allemands ont envahi la zone libre. Caché pendant trois mois dans un internat catholique, il sera finalement amené par sa mère chez des paysans dans le Massif central, en janvier 1944.
Son père, lui, a été arrêté fin juillet 1944 à Lyon et déporté dix jours après. Il est mort au camp de concentration autrichien de Melk.
Peu disert sur son adolescence, Georges Gumpel, séduit ensuite par l’extrême gauche, évoque volontiers son militantisme contre le racisme et le colonialisme, celui de la France en Algérie ou celui d’Israël dans les Territoires palestiniens.
En mai 1987, il se porte partie civile avec sa mère et ses sœurs au procès «historique» de l’ancien chef de la Gestapo à Lyon, Klaus Barbie, qui avait signé le bordereau de déportation de son père.
«Cela a remis en lumière les crimes contre l’humanité et leur imprescriptibilité», souligne cet éternel insurgé contre les résurgences du passé.
L’heure est à la renaissance d’un délit de solidarité. Dans la vallée de la Roya, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à St-Etienne, à Meaux... des militant·e·s et des citoyen·ne·s qui ont manifesté concrètement leur solidarité désintéressée aux réfugié·e·s ou aux Roms, sont intimidés, menacés, poursuivis par les Autorités.
«Nous soussignés, enfants juifs cachés pendant la Seconde guerre mondiale pour échapper à la déportation, déclarons solennellement: si nous sommes en vie, c’est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris, en dépit des lois de Vichy et de l’occupant. Ils ont ouvert leur porte, falsifié notre identité, ils se sont tus ignorant les injonctions de la police et de l’administration, ils ont emprunté des chemins de traverse face à la persécution…
Leur solidarité est aujourd’hui reconnue publiquement. Nous leur sommes reconnaissants, comme nous le sommes au courage de nos parents qui ont fait le dur choix de se séparer de nous et de transformer leurs enfants en ‘mineurs isolés’.
Mais ce devoir de solidarité s’applique aussi aujourd’hui et nous réclamons la fin de ces procédés d’intimidation. Nous proclamons la légitimité du droit de regard des citoyens et des citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice ou de la police. Nous sommes solidaires avec celles et ceux qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous passons le flambeau de la solidarité aux lanceurs d’alerte, aux citoyens critiques des politiques xénophobes, aux solidaires du quotidien.»*
On pourrait se demander s'il n'est pas exagéré de comparer l'époque actuelle à la France de Vichy. Voici ce qu'a répondu Gumpel à cette même question dans une interview: «En ce qui concerne Vichy à proprement parler, on ne peut pas établir de parallèle direct mais on observe des compromissions et des risques similaires. La France est un pays de l’enfermement, de camps et de prison. C’est une tradition très ancrée dans son histoire mais qui a toujours été masquée. Ce qui permet de la rejouer régulièrement. En 1940 comme de nos jours, c’est ce même processus qui est à l’œuvre.»

Max
d'après un article paru sur
www.delinquantssolidaires.org
* Extrait du Manifeste des enfants cachés.

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Archipel

Dieser Text stammt aus dem Archipel

Ausgabe: 259 (05/2017)

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