Le 28 février, les Etats-Unis et Israël ont mené une série de frappes contre l’Iran, faisant craindre un embrasement régional. "Quand nous aurons terminé, emparez-vous du pouvoir, ce sera à vous de le faire", a affirmé Donald Trump dans un message vidéo. L’ironie d’un président qui lâche ses hommes de main sur sa propre population, tout en reprochant à l’Iran la répression des manifestations n’est perdue pour personne! La situation sur place aura sans doute changé dramatiquement entre le moment où l’article ci-dessous a été écrit et celui où vous allez le lire, mais quoi qu’il arrive, son appel à solidarité avec le peuple iranien reste à l’ordre du jour.
Cette déclaration, cosignée par le FCE, a été rédigée fin janvier 2026 par l’Armée zapatiste de libération nationale et envoyée à divers groupes et organisations de résistance. À la mi-février, 170 groupes/organisations et plusieurs personnalités à travers le monde l’avaient signée. *
Nous vivons une tempête. Elle n’est ni nouvelle ni passagère. C’est la tempête du capitalisme, de l’impérialisme, du patriarcat et des États qui administrent la mort tout en parlant d’ordre, de stabilité ou de sécurité. Dans cette tempête, ceux d’en haut se disputent les territoires, les ressources et le pouvoir; ceux d’en bas engagent leur corps, leur vie, leurs peurs et leurs espoirs.
En Iran, aujourd’hui, cette tempête frappe avec une violence particulière. Le peuple iranien s’est à nouveau mobilisé contre le régime de la République islamique qui n’a pas hésité à mener une répression violente contre celles et ceux qui descendent dans la rue. Ces mobilisations ne sont ni un fait isolé, ni une réaction momentanée: elles sont le résultat cumulé de décennies d’oppression politique, d’exploitation économique, de violence patriarcale, de répression systématique et de déni des droits. Ce sont des luttes qui naissent de la base, de la vie quotidienne étouffante, de celles et ceux qui ne peuvent et ne veulent plus continuer à survivre en silence.
En haut, les gouvernements et les puissances évaluent la situation d’un point de vue géopoli-tique. Ils calculent les avantages, les équilibres régionaux, les voies d’approvisionnement énergétique, les alliances opportunes. En haut, le crime est normalisé, justifié ou dissimulé sous des discours de «stabilité», de «sécurité» ou de «réalisme politique». En haut, même celles et ceux qui se présentent comme des ennemi·es du régime iranien n’hésitent pas à légitimer le massacre, lorsque celui-ci sert leurs intérêts. En bas, en revanche, le peuple iranien lutte pour la vie En bas, il y a les femmes qui défient quotidiennement le contrôle patriarcal. En bas, il y a les travailleurs et les travailleuses appauvries par les politiques néolibérales. En bas, il y a les dissidences sexuelles, les minorités religieuses, les peuples opprimés, celles et ceux qui vivent dans les banlieues touchées par la crise de l’eau, du logement et de l’emploi.
En bas, il y a celles et ceux qui sont descendues dans la rue à maintes reprises, souvent les mains vides, sans organisations étendues – détruites par la répression – et qui ont pourtant progressé plus loin que n’importe quelle opposition institutionnelle.
Nous dénonçons fermement la manipulation externe de ces manifestations. Aucune puissance étrangère, aucun gouvernement du Nord, aucun projet impérialiste n’a le droit d’utiliser la souffrance du peuple iranien comme un pion sur son échiquier. Cette instrumentalisation non seulement déforme les luttes réelles, mais elle met en danger plus grand encore celles et ceux qui résistent, en les transformant en prétexte pour une répression encore plus brutale. Nous réaffirmons le droit inaliénable des peuples à l’autodétermination. La liberté ne s’exporte pas et ne se négocie pas entre États. Aucune intervention impérialiste n’a jamais apporté justice ni dignité aux peuples qu’elle prétend «libérer». L’histoire nous l’enseigne, et les ruines laissées dans leur sillage le confirment à maintes reprises.
Il y en a qui, de l’extérieur, regardent vers le haut et non vers le bas: qui justifient le régime iranien au nom d’un prétendu anti-impérialisme, ignorant que ce même régime applique à son peuple des logiques d’occupation, d’apartheid, de pillage et de néolibéralisme; et qui promeuvent des alternatives réactionnaires, autoritaires et dépendantes, qui promettent le salut tout en repro-duisant la domination.
Ce sont de fausses oppositions. Le haut contre le haut. Le pouvoir contre le pouvoir. En bas, le peuple est pris au piège entre deux forces qui se disent opposées, mais qui agissent de concert.
Notre position est claire: nous ne sommes pas avec les gouvernements, nous sommes avec les peuples. Pas avec les États, mais avec celles et ceux qui résistent. Pas avec les élites, mais avec celles et ceux qui luttent pour vivre.
Aujourd’hui, alors que le peuple iranien est confronté à la coupure des communications, à l’état d’urgence et à la militarisation de la vie quotidienne, nous appelons à écouter les avertissements de nos compañeras et compañeros zapatistes: la tempête est mondiale; celles et ceux qui pensent qu’elle ne les concerne pas, qu’elle ne les touche pas, se trompent. Face à cette tempête, il n’y a ni sauveurs ni solutions venant d’en haut. Ce qu’il y a, c’est la possibilité – urgente – d’unir les luttes d’en bas, de nous reconnaître dans le destin commun de celles et ceux qui résistent au capi-tal, à l’impérialisme et à toutes les formes de domination.
Nous tendons la main au peuple iranien Non pas pour le materner. Non pas pour parler en son nom. Mais pour lui dire: vous n’êtes pas seul·es. Parce que la lutte en Iran est aussi la lutte pour la vie partout ailleurs. Et parce que ce n’est qu’en partant d’en bas, ensemble, que nous pourrons affronter la tempête et imaginer le jour après.
De différents endroits en résistance et en rébellion dans le monde,
Armée zapatiste de libération nationale
Janvier 2026
- Vous trouverez l’appel ainsi que la liste complète des signataires sur: https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2026/01/29/declaration-de-collectifs-du-reseau-europa-zapatista-pour-la-vie-et-la-dignite-du-peuple-iranien/. Pour vous joindre à nous, veuillez écrire à andeclaracion.iran(chez)gmail.com.



