MIGRATION / FRANCE: Nouvelle loi sur l'immigration

de Tarek, A4, 15 mai 2026, publié à Archipel 358

«L’internationale réactionnaire a désigné l’immigré·e comme ennemi·e à abattre, il suffit de voir ce qui se joue avec l’ICE au centre de l’empire. Et il faut être aveugle à la réalité politique actuelle pour de ne pas comprendre que si cela se joue au centre de l’empire, nous aurons inéluctablement des conséquences ici aussi. Dans peu de temps, nous réceptionnerons les ondes de choc du fascisme».

Cet extrait est issu de l’une de nos interventions dans le cadre d’un panel auquel nous avions participé, il y a tout juste 6 mois, autour de la question «Quelle alliance entre lutte écologique et lutte contre l’extrême droite». Quelle ne fut pas notre surprise quand l’un des intervenants se mit alors à pouffer de rire en argumentant que cela n’est pas possible, que la juridiction française et européenne ne fonctionnait pas ainsi.

Or, fin mars 2026, le parlement européen a ratifié un texte qui durcit la politique migratoire et a approuvé le concept de «hubs de retour», des centres de rétention en dehors de l’Union européenne. Ce texte s’inscrit dans le prolongement réactionnaire et liberticide du Pacte sur l’asile et la migration de 2024 qui criminalise davantage les personnes immigrées sans titre de séjour.

L’idée de l’externalisation des centres de rétention n’est malheureusement pas nouvelle: l’Italie l’avait expérimentée en Albanie (avec un centre longtemps resté vide en raison de recours judiciaires), et le Royaume-Uni avait conclu un accord similaire avec le Rwanda, avant d’y renoncer pour les mêmes raisons. Cela dit, ces tentatives ont finalement abouti et plusieurs pays (Danemark, Autriche, Grèce, Allemagne, Pays-Bas) travaillent à lancer des projets pilotes.

Un recul historique des droits des réfugiés

De nombreuses associations de solidarité alertent sur ces dérives politiques qui prévoient des sanctions renforcées pour les débouté·es refusant de partir, la confiscation de documents, la détention prolongée, l’interdiction d’entrée, l’enfermement des mineurs, ainsi qu’une reconnaissance mutuelle des décisions entre États membres. En cela, nous pouvons nous poser la question de la conséquence de l’externalisation et comment allons-nous faire respecter le droit des personnes enfermées? Surtout quand les pays ne sont pas soumis aux mêmes législation (droits européens) en termes de respect des droits humains. De plus et à lui seul, ce texte symbolise encore une fois la cohésion idéologique entre le bloc de droite et l’extrême droite européenne. Ces dernières années sont marquées par une perte grandissante des droits fondamentaux des personnes immigrées, tant au niveau européen que français.

Que faire maintenant?

Oui, que faire maintenant, face à l’hégémonie médiatique de l’extrême droite, aux meurtres racistes, aux violences institutionnelles subies à chaque instant par les personnes avec ou sans titre de séjour? L’État nous violente et l’extrême droite voudrait nous voir disparaître dans une déshumanisation totale. Les réponses se font attendre sur des pistes et des stratégies à lancer. D’où le fait de mettre ces réflexions au cœur même de nos stratégies et projets au sein de l’association A4; cela surtout avec l’élection présidentielle prochaine et la probabilité non négligeable de l’entrée de l’extrême droite à l’Élysée.

Dans ce contexte politique de répression et de criminalisation des immigré·es, nous défendons l’urgence de lutter contre ce système déshumanisant. Dès lors, il est évident que cette lutte doit se penser, s’organiser et s’opérer par et pour les personnes concernées par l’immigration et le racisme. Notre objectif est donc de permettre la création d’un réseau national d’entraide, axé sur la régularisation, l’accueil, la formation et le travail. Mais surtout de créer et obtenir des fermes et des espaces permettant le développement de coopératives de travail, tant agricole qu’artisanale, afin de constituer des bases d’organisation et portées par et pour des personnes immigrées, avec ou sans titre de séjour.

Nous sommes persuadé·es qu’une des stratégies de lutte possible pour inverser ce rapport de force, c’est aussi de développer des projets qui mêlent autonomie politique et autonomie de la subsistance.

Tarek, Association Accueil Agricole et Artisanal (A4)

L'association A4

L’objectif de l’Association A4 est de construire une dynamique d’accueil, de formation, d’accès au travail et d’accompagnement administratif de personnes avec ou sans papiers, urbaines ou rurales, dans les domaines de l’agriculture et de l’artisanat. Notre projet a pour but de développer un réseau d’installation et de solidarité paysanne, en mettant en lien les territoires et initiatives existantes. Le projet est né de rencontres de personnes souhaitant travailler et vivre de façon digne dans les domaines de l’agriculture ou de l’artisanat, mais qui rencontrent des difficultés pratiques du fait de leur situation.

Pour plus d’information: Instagram: assoa4_ Voir aussi «France – Agriculture et migrations, l’Association A4» Archipel no 338, juillet 2024.