DOSSIER SOC: Avocats, juristes tenez-vous prêts!

09.05.2010, Veröffentlicht in Archipel 158

La répression syndicale a bien sûr une longue histoire en Espagne. Sous Franco aucun syndicat indépendant n'était autorisé. Mais, même après la transition vers la démocratie en 1975, de très nombreux syndicalistes se sont trouvés arrêtés, incarcérés, soumis à une justice de classe.

Cela fait maintenant plus de vingt ans que nous menons une campagne de solidarité avec les membres du Sindicato de Obreros del Campo (SOC), le syndicat des ouvriers agricoles andalous. En avril 1985, deux dirigeants du SOC, Diamantino Garcia et Diego Cañamero, avaient participé au congrès du CEDRI1 à Limans en France. Ils ont présenté la situation des 500.000 journaliers agricoles et leur lutte pour de meilleures conditions de travail et pour la réforme agraire.

Face à la profonde injustice des structures féodales de propriété terrienne, le SOC menait des actions de protestation, des barrages routiers, des «grèves de la faim contre la famine» et surtout des occupations de latifundia pouvant couvrir plusieurs dizaines de milliers d’hectares. Les occupations de terres dans plusieurs villages en 1978 étaient les premières depuis la guerre civile2.

En décembre 1985, le CEDRI lançait un appel: «Actuellement, en Andalousie, plus de 300 journaliers sont traînés devant les tribunaux pour "occupation illégale" de grands domaines mal exploités, voire abandonnés. Avocats, juristes, experts agricoles, paysans, tenez-vous prêts à participer à des délégations internationales d’observateurs sur le terrain.»

L’un des procès les plus célèbres de l’époque s’est déroulé en février 1986 à Séville. «Les accusés sont huit responsables du SOC dont deux conseillers municipaux d’El Coronil. Parmi eux, Diego Cañamero, secrétaire général du syndicat, qui est poursuivi dans une dizaine d’affaires. En septembre 1983, ils avaient occupé pacifiquement la mairie pour réclamer du travail. Pour les déloger, la garde civile avait fait sauter la porte principale. Pour ce procès le SOC a réuni devant le Palais de Justice 500 à 600 manifestants qui scandaient des slogans hostiles à la justice et à la police restées franquistes. La présence internationale dans le procès était très remarquée. Il y avait entre autres, deux travailleurs paysans du CNSTP, trois membres du CEDRI et un avocat britannique dont la perruque a fait sensation dans la salle du tribunal.» 3

Ce sont encore aujourd’hui souvent les mêmes membres du SOC qui se retrouvent devant les tribunaux, comme Diego Cañamero, toujours secrétaire général, qui a été inculpé dans la plainte déposée par la Duchesse d’Albe, l'une des plus grandes propriétaires terriennes andalouses (voir article précédent).

La vigilance et la solidarité européennes sont aussi importantes aujourd’hui qu’il y a vingt ans, surtout face à la situation de non-droit total qui règne dans la zone des serres dans la province d’Almeria.

  1. Comité Européen de Défense des

Réfugiés et Immigrés, organisation cofondatrice du FCE en 1989

  1. Sur l’histoire du SOC, voir Archipel No 120, octobre 2004,

  2. extrait du bulletin du CEDRI No 11 de mars 1986